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Le décès d’un écolier de 8 ans, le 10 mai, dans les Bouches-du-Rhône, après une allergie au fromage de brebis qu’il avait mangé à la cantine, rappelle les difficultés de l’accueil des enfants atteints de ce mal. « La mort par allergie alimentaire est rare, mais elle est une menace prévisible, commente Dominique Château-Waquet, médecin allergologue. L’admission aux urgences dans les hôpitaux français pour choc anaphylactique d’origine alimentaire a été multipliée par cinq depuis environ dix ans. »

Près de 5 % des enfants entre 2 et 15 ans souffrent de cette maladie. Les trois principales allergies concernent le lait, l’oeuf et les arachides, suivis par les fruits à coque, le kiwi, les poissons et crustacés. D’autres au sésame et au lait de chèvre ou de brebis ont récemment fait leur apparition.

Du fait d’une réglementation volontariste des pouvoirs publics, ces enfants sont de plus en plus nombreux à fréquenter les restaurants scolaires. Leur admission implique que soit prévue la suppression de tout aliment qui les rend malades. Toutefois, leur accueil n’étant pas obligatoire, certains parents continuent de se heurter à des refus. Notamment à l’école primaire, où la cantine est de la responsabilité des communes et où les jeunes élèves sont moins aptes à gérer leur maladie que des collégiens ou des lycéens.

Dans une délibération du 5 mars, la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) a qualifié de « discrimination fondée sur l’état de santé » le refus d’accueillir à la cantine une fillette de 7 ans allergique aux fruits secs. Le maire avait justifié sa décision au motif que les agents municipaux n’étaient pas en mesure de procéder aux injections que l’état de la fillette pouvait éventuellement requérir. « La restauration scolaire n’est pas un droit automatique, commente le ministère de l’éducation nationale. Elle reste un service que l’on offre aux familles. »

Caroline Morice, présidente de l’Association française des polyallergiques, est mère de quatre enfants allergiques. En septembre 1998, la mairie de sa commune de résidence avait refusé de scolariser son fils aîné, alors âgé de 3 ans, en raison de sa maladie. En 1999, celui-ci trouvait une école plus accueillante, où il pouvait manger à la cantine le repas préparé par sa mère. Mais un an plus tard, à la faveur d’un nouveau déménagement, sa nouvelle école refusait de l’accueillir à la cantine.

« Il ne faudrait pas que le décès survenu dans les Bouches-du-Rhône décourage les maires d’accueillir les enfants allergiques à l’école, souligne Mme Morice. Notamment les édiles des petites communes qui n’ont pas de service médical. »

En mars, son association a mis en ligne, avec l’Association française pour la prévention des allergies et l’Association française des intolérants au gluten, un « Guide pour l’accueil en restauration collective des enfants porteurs d’allergies alimentaires« .

Fabienne Rancé, pédiatre allergologue à l’Hôpital des enfants à Toulouse, a collaboré à ce guide validé par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). Elle insiste sur l’importance d’un diagnostic précis porté par des allergologues afin de définir les conditions spécifiques de l’accueil des enfants à la cantine.

Une circulaire interministérielle de septembre 2003 a permis un accueil plus massif à la cantine de ces enfants allergiques
. Pour l’essentiel, elle reprend une circulaire de l’éducation nationale datant de 1999 mais présente l’intérêt, pour les maires, d’être signée par leur ministère de tutelle, l’intérieur. Elle rappelle que, à la demande des familles, peut être mis en place « pour les enfants atteints de trouble de la santé évoluant sur une longue période », « un projet d’accueil individualisé« .

La mise en place d’un tel projet est indispensable pour les jeunes qui, en cas de malaise, relèvent d’un traitement d’urgence. Son élaboration est le fruit d’une concertation entre différents partenaires : allergologue, direction de l’école, mairie, parents… Il prévoit une information du personnel communal chargé de la cantine sur les gestes à effectuer en cas d’urgence vitale. « L’accueil des enfants atteints d’allergies sévères a été facilité par la possibilité d’utiliser des stylos injecteurs d’adrénaline en cas de choc anaphylactique sans qu’il s’agisse d’un geste médical », précise le docteur Jeanne-Marie Urcun, du ministère de l’éducation nationale.

« Pour les responsables de la restauration scolaire, trois cas de figure sont possibles, schématise Christophe Bouillaux, vice-président de l’Association nationale des directeurs de la restauration municipale. En cas d’allergie simple, comme au poisson, il peut être proposé à l’enfant un plat de substitution. En cas de multiallergie, la mise en place d’un projet d’accueil individualisé peut prévoir la confection de paniers repas préparés par les parents et étiquetés au nom de l’enfant, qui seront consommés à la cantine. Enfin, la mairie peut passer par un traiteur spécialisé dans la prise en charge de ces régimes particuliers. » Par ailleurs, de nombreuses collectivités ont supprimé l’huile d’arachide.

Durant l’année scolaire 2005-2006, 30 781 enfants souffrant d’allergie alimentaire ont bénéficié d’un projet d’accueil individualisé à l’école primaire. Mais pour certains d’entre eux, dont le cas était jugé trop complexe, la fréquentation de la cantine n’a pas été autorisée.

[SOURCE] LE MONDE | 05.06.07